Tristan Koëgel, lauréat 2016

Tristan Koëgel a été lauréat du Prix des Ados en 2016, pour son roman Bluebird. Pour fêter les 10 ans du prix, elle a répondu aux questions concoctées par Tom et Mahora, du lycée Maurois de Deauville !


L’ado qui sommeille en vous !

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Tristan Koëgel

Quel ado étiez-vous ?
Comme si je ne l’étais plus ! L’adolescence, ça se termine pas du jour au lendemain ! C’est pas si futile comme on l’entend ici ou là. Ça reste, à vie. Je suis toujours enfant, toujours ado, et bon d’accord, un peu adulte aussi. Ce que je peux dire, c’est que quand je n’étais pas du tout adulte, je m’ennuyais beaucoup. C’est une richesse, l’ennui, vous savez. Car quand on s’ennuie, on comble l’espace creusé par l’ennui avec tout ce qui nous passe par la tête. On rêve. On se rêve. On invente. On se met à la guitare, au dessin. On s’invente des histoires, on se projette vers des choses qu’on atteindra peut-être pas, ou qu’on dépassera. Et même quand on rêve beaucoup, on n’imagine jamais exactement toutes les surprises que réservera l’avenir. Aujourd’hui, je n’arrive plus beaucoup à m’ennuyer. Pour tout un tas de mauvaises raisons. Mais quand j’avais quinze ans, C’était très facile. Il  n’y avait pas internet, pas de téléphone portable. Pas de réponses, tout à trouver tout seul. Tout à construire soi-même. Avec mes amis, on s’ennuyait ensemble. Les heures étaient lentes, on apprivoisaient les choses doucement. Toutes les choses qui s’abattent sur nous à cet âge. L’amour, aussi. J’étais rêveur, curieux et amoureux. Et pas toujours très sage, bien sûr.

Quel genre de musique écoutiez-vous ? vos goûts ont-ils évolué ?
Disons que ma discothèque s’est enrichie. J’écoute aujourd’hui des choses différentes en plus de ce que j’ai découvert auparavant. On avait un petit groupe, on écoutait et on jouait du rock essentiellement anglo-saxon. Je ne sais pas combien de fois on a pu jouer des morceaux des Guns N’ Roses, Dire Straits, Clapton. Et puis Hendrix est arrivé. Et avec lui, la nostalgie d’une époque qu’on avait pas vécue ! Le rock des années 60-70. Puis le blues. C’est un peu comme descendre d’un arbre. On dévore d’abord les fruits, on s’appuie sur les branches épaisses, et quand on arrive aux racines, le blues donc, on se rend compte en creusant un peu, que l’arbre est encore plus grand sous terre.

Quel genre de lecteur étiez-vous ? Quel était votre endroit favori pour lire ?
Je dois avouer que je n’étais pas un grand lecteur. Il y avait beaucoup moins de propositions en littérature de jeunesse par exemple. Et puis, j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce que la lecture pouvait apporter. Longtemps, lire restait l’activité qu’on fait pour se donner bonne conscience. Pour se dire qu’on est capable aussi de faire des choses intelligentes. C’est vraiment quelque chose qu’il faut briser, cette idée qui enferme la lecture dans une compétence scolaire. Comment ne pas lire ? C’est ce que je me demande aujourd’hui. Mais quand j’étais ado, je n’aimais pas beaucoup lire ce qu’on voulait que je lise. Alors, quand un livre me plaisait, je le lisais dès que j’en avais la possibilité, n’importe où.

Qu’est-ce qui vous a donné le goût du livre ado, quel a été le déclencheur ?
Je me souviens qu’une fois, je me suis fait punir par ce que je lisais un roman en cours d’espagnol plutôt que d’écouter mon professeur. Sur le coup, je n’ai pas compris pourquoi on m’en voulait. D’accord, je ne prenais pas la leçon mais… je lisais ! C’est bien, ça, de lire, non ? Mon professeur m’avait dit : « C’est un très bon livre, mais ce n’est pas le moment. » Et pour revenir en classe, j’avais dû rédiger une lettre d’excuse. Je me suis rendu compte que lire pouvait aussi être une transgression. A partir de là, la lecture m’a beaucoup plus plu !

Quel roman/quelle BD avez-vous adoré lire pendant votre adolescence ?
Je suis tombé presque par hasard sur Siddharta d’Herman Hesse. Ce livre a élargi mon horizon. Rage de Stephen King m’a bouleversé. L’Odyssée, en classiques abrégés, m’a définitivement plongé dans l’adoration de la culture antique. Depuis, je le relis souvent, dans une autre édition. Mais le texte qui ne quitte jamais mon chevet, c’est le Cyrano de Rostand. C’est si beau, si fort, si fin, si drôle, chaque vers ou presque dépasse le précédent. Côté BD, je dévorais les Gotlib. J’adorais ce dessinateur.

Avez-vous détesté un livre étudié en classe ? Si oui, lequel ?
Détester, non. La plupart m’ont, malheureusement, laissé plutôt indifférent. C’est sûrement pire. Je n’ai pas, par exemple, perçu la beauté, la richesse, la nécessité de la Poésie au collège ni au lycée. C’est un grand regret car je pense que si j’en avais saisi la langue, la Poésie m’aurait beaucoup parlé.

Avec des si…

Si vous étiez… une musique/une chanson :
Slow blues in C, de Ten Years After, sur l’album Recorded Live. Ce morceau, c’est comme une petite promenade qui vous entraine par la main. D’abord innocente, presque naïve, elle avance à petits pas. On sent de temps en temps quelques petits cailloux sous nos pieds, mais elle se retourne vers vous et vous regarde en souriant. Puis elle accélère et vous souffle de temps en temps : « Ça va aller, ça va aller. » Jusqu’à ce qu’elle vous emporte complètement sans plus se poser de questions. Cette chanson, c’est comme un conte merveilleux. Tu ne le sais pas encore mais dans cette forêt bucolique, tu vas croiser des ogres alors accroche-toi bien.

Si vous étiez… un héros (ou un antihéros !) :
J’aime beaucoup le comte de Monte Cristo et Cyrano bien-sûr. Mais je crois que j’ai plus d’affection encore pour Don Quichotte. C’est peut-être le plus naïf de tous les anti-héros. Même après toutes les preuves, douloureuses pour lui, qu’il vit dans ses chimères, il s’accroche encore et refuse d’abandonner ses illusions. Son rêve le dépasse complètement. Tout le monde autour de lui pense qu’il se rend malheureux, mais c’est seulement s’il se résignait qu’il serait abattu. Le pauvre chevalier errant nous montre bien que l’art de vivre réside dans la manière de voir les choses et qu’il n’y a de vrai que ce qu’on veut qu’il le soit.

Si vous deviez réécrire un roman (réinventer une fin, faire évoluer un personnage) :
Je verrais bien un Don Quichotte parachuté au XXIème siècle. Ça serait désopilant, les dégâts qu’il ferait !


Biographie

Tristan Koëgel est né en 1980 et vit à Marseille. Après avoir été tour à tour distributeur de prospectus, garçon de café, pizzaïolo, animateur radio, écrivain public, il finit par obtenir la certification qu’on lui demande pour enseigner la littérature et la langue française.
Il a la grande ambition de visiter tous les pays du monde en rapportant à chaque fois une histoire à raconter ; il aimerait bien partir du Vieux Port, devant lequel il passe tous les matins, mais il n’a pas de bateau, la mer est grande, et il n’est pas très doué pour la pêche. Il réfléchit…
Déjà parus aux éditions Didier Jeunesse : Le Grillon, Récit d’un enfant pirate ; Les Sandales de Rama.


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Bluebird, Didier Jeunesse, paru en septembre 2015
L’extraordinaire destin de « Minnie Bluebird » devenue chanteuse de blues dans les états-unis des années 40.
Elwyn est fils d’immigrés irlandais, Minnie, fille d’un chanteur itinérant noir. Ils se rencontrent dans une plantation, et tombent amoureux. Ils ont 13 ans, et ne savent pas que leur vie est sur le point de basculer. Quelques jours plus tard, en effet, Minnie assiste au passage à tabac de son père par des hommes du Ku Klux Klan. Effondrée, elle saute dans le premier train, en partance pour Chicago.

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